Le Jardin-Forêt… L’origine des différentes strates en Permaculture

Depuis leur arrivée sur cette terre, les humains ont toujours su récolter, puis cultiver des plantes pérennes, pour en tirer des fruits, des feuilles, des racines, de la sève, des décoctions médicinales, des champignons, du bois. Et ce sans déboiser, sans éventrer la terre pour en tirer des métaux ou des hydrocarbures, sans produire de déchets. Les premiers humains ont également su profiter de l’apaisement offert par la forêt, des multiples occasions qu’elle propose pour développer sa spiritualité en observant avec respect et attention un tronc, une branche, une feuille, un oiseau, des insectes, etc. Tendons l’oreille à ce que nous disent les traditions animistes, les mythes populaires ou les œuvres d’art à propos de la forêt : on y entendra des descriptions enchantées du jardin d’Éden et des cascades d’Abondance ; partout c’est la grâce et le mystère de la forêt qui sont célébrés.
Et sur ce point l’agriculture moderne ne peut pas rivaliser. Certes, les récoltes annuelles de légumes et féculents ont permis de nourrir davantage d’humains. Mais un champ de 150 hectares de blé peut-il procurer la même sensation de paix qu’un sous-bois ? Faire l’amour dans un champ de maïs peut-être intéressant… mais cela n’a rien à voir avec un lit de mousse en pleine forêt !

Et même si on en revient à des considérations très prosaïques, les cultures vivrières permises par les arbres peuvent s’avérer très rentables. Une châtaigneraie peut produire jusqu’à 2700 kilos à l’hectare, et si les fruits sont commercialisés en circuits courts cela peut représenter une rentrée de 4 600 euros par hectare et par an, soit presque 3 fois plus que la culture du blé (1 640 euros par hectare et par an) !

Pour différentes raisons, il est donc temps de faire notre retour à la terre nourricière, je veux dire à celle qui est durablement et généreusement nourricière. De réhabiliter et de transmettre les savoirs et les savoir-faires de nos ancêtres et des corps de métier agricoles et forestiers.
Que l’on parle de forêt fruitière, de jardin-forêt, de forêt comestible ou de forêt nourricière, il s’agit toujours de célébrer l’arbre comme notre compagnon pour cheminer vers l’accroissement de la biodiversité et vers notre autonomie nourricière.
Une forêt jardin est une zone dans laquelle on trouve une grande densité et diversité de végétaux, la plupart vivaces et comestibles, qui se superposent pour occuper tout l’espace dans la verticalité, depuis la cime des grands arbres jusqu’au sous-sol.

Il existe des forêts comestibles depuis des milliers d’années sous tous les climats tropicaux et subtropicaux, mais pas seulement : au Maroc par exemple, il existe un jardin forêt qui date de plus de 2 000 ans, et qui aujourd’hui encore produit une nourriture abondante !

Notre expérience et nos ressentis nous amènent à penser que dans un jardin forêt très riche et bien conçu, il devrait y avoir le plus de strates possibles qui sont :
  1. La canopée . Ce sont les grands arbres, ceux qui dépassent de 15 mètres. En milieu tropical, ils peuvent atteindre 120 mètres, et par nos latitudes ils peuvent culminer à 35 ou 40 mètres. Dans une forêt jardin installée en France, la canopée est surtout composée d’arbres à bois d’œuvre (chênes, ormes, etc), d’arbres à noix, de châtaigniers, et de fixateurs d’azote (Acacias, Arbres des pagodes, Féviers, etc).
  2. Les petits arbres et arbrisseaux. Il s’agit des arbres qui, à taille adulte, mesurent entre 7 et 15 mètres. Cette catégorie englobe les espèces pionnières (bouleaux, etc), ainsi que les fruitiers que l’on trouve classiquement dans les vergers (pommiers, cerisiers, pruniers, etc).
  3. Les plantes grimpantes ou lianes. Cette catégorie regroupe toutes les plantes qui ont besoin d’un support pour s’élancer vers le ciel (vigne, kiwi, etc). Dans un jardin forêt, elles peuvent s’appuyer sur les arbres plus grands.
  4. Les arbustes. Cette appellation désigne tous les végétaux ligneux (c’est-à-dire qui produisent du bois et de l’écorce composée de lignine) qui atteignent entre 1 et 7 mètres. Cette catégorie comprend en majorité des plantes à fruits, comme les arbustes à noix (noisetiers, amandiers, etc), les petits fruits (groseilliers, cassissiers, etc). Ces arbustes ont très souvent bien d’autres récoltes que la seule nourriture : fleurs, remèdes médicinaux, etc.
  5. Les herbacées hautes. Cette catégorie comprend toutes les plantes herbacées (non ligneuses) qui dépassent 50 cm : les graminées géantes, les fougères, beaucoup de plantes médicinales et de plantes aromatiques. Ces plantes sont en général vivaces.
  6. Les herbacées basses comprennent toutes les plantes non ligneuses qui n’atteignent pas 50 cm. On y trouve énormément de plantes médicinales et aromatiques, très souvent vivaces ou se ressemant facilement.
  7. Les couvre-sol. Ce groupe très important pour démarrer un jardin forêt, comprend toutes les plantes qui se marcottent naturellement et qui, de ce fait, ont tendance à occuper l’espace à l’horizontal.
  8. La rhizosphère comprend les tubercules, les rhizomes et les bulbes : poireau perpétuel, topinambour, occas de Pérou, etc.
  9. La strate mycélienne est le nom scientifique pour désigner les champignons, qu’ils se développent dans le sol ou au dessus du sol. Il s’agit de la strate la moins bien connue, et à bien des égards la plus merveilleuse. On commence tout juste à comprendre l’effet essentiel des champignons sur nos biotopes. Par exemple, ils contribuent à transporter et à distribuer aux végétaux des nutriments et des minéraux, grâce aux connexions qu’ils établissent entre leurs systèmes racinaires (c’est en quelque sorte l’Internet de la nature !), grâce aux relations symbiotiques qu’ils établissent avec les racines des plantes (les fameuses « mycorrhizes»).
  10. La strate “aquatique hélophyte” : un nom un peu obscur pour désigner tout simplement les plantes aquatiques. Celles-ci poussent essentiellement sur les berges, comme les roseaux, en tous cas leurs racines ont besoins de sols gorgés d’eau (marécages, berges, etc).
  11. La strate aquatique hydrophyte comprend les plantes qui sont totalement ou partiellement immergées. Ce qui signifie qu’elles se développent en pleines eaux. Certaines plantes hydrophytes sont totalement immergées (par exemple la renoncule), d’autres ont des feuilles flottantes (le fameux nénuphar), d’autres encore flottent librement à la surface de l’eau (la lentille d’eau).

En cherchant la synergie entre toutes ces strates, comme dans la nature, vous pourrez bâtir un écosystème jardiné qui vous permettra de produire une grande partie de votre nourriture, de créer un grand nombre de niches écologiques, et finalement d’inviter dans votre ferme ce qui est le summum de l’abondance naturelle : la forêt.

 

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